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Paysage, éléments de paysages et gestion de paysages par système de cartes

Bruno Gadrat - 1995 - rev 26/11/2000
gadrat/articles/1995/95Vercors.html

 


Le Parc Naturel Régional du Vercors (P.N.R.V.) gère son territoire à l'aide de croisement de couvertures thématiques par un Système d'Information Géographique (S.I.G.). Le paysage, méta-niveau de gestion du territoire mais codifié au même niveau que les autres thèmes dans le S.I.G, est porteur de nombreux risques de confusion. Un travail de clarification des concepts permet aujourd'hui d'introduire les paysages dans les critères de gestion du pays par l'utilisation de trois couvertures thématiques spécifiques présentées ici.

1 - REPÈRES CHRONOLOGIQUES

Le Parc Naturel Régional du Vercors (P.N.R.V.) a été créé pour assurer, entre autres, la protection et le développement d'une unité de pays appelée Vercors reconnue pour ses richesses naturelles et culturelles. Cette reconnaissance du regard porté sur le pays lui confère le statut de paysage.
En 1989, l'augmentation considérable du boisement, voulu ou naturel, rend difficile et parfois impossible le regard sur le pays. De ce fait, le pays tend à perdre son statut de paysage.
Le P.N.R.V., pressentant que le paysage deviendrait l'enjeu et le mode de gestion usuel de son territoire, fait procéder à une étude scientifique des paysages du Vercors (Fischesser, Dupuis, Gadrat 1989).

En 1990 le P.N.R.V. décide de passer à la gestion concrète du territoire en pensant systématiquement aux paysages. Il se dote à cette même époque d'un Système d'Information Géographique (S.I.G.).
Parallèlement aux introductions de couvertures thématiques d'objets du territoire, (sol, végétation, habitat ...) la compréhension des principaux choix pour l'élaboration des cartes permettant la gestion des paysages est réalisée progressivement.
Les couvertures spécifiques au paysage ont fait l'objet d'une validation pratique par les divers utilisateurs.

A partir de 1993 les couvertures thématiques et la façon de les utiliser dans le S.I.G. ont permis de conduire des dossiers d'aménagement ayant une forte influence sur le paysage comme celui de l'application de l'article 21 de la Communauté Économique Européenne (Subvention de l'agriculture à des fins écologiques ou paysagères), celui des installation des pistes forestières ou ceux des révisions des plans d'occupation des sols (P.O.S.).
Cette première série d'applications concrètes n'est qu'un début et tous les autres domaines de l'aménagement du territoire pourront bénéficier de cette démarche.

 

 

2 - LE PAYSAGE ANALYSES ET SYNTHÈSE

 

Choix de la définition du paysage

De nombreuses définitions du paysage existent et ont toutes leur intérêt. Pour la gestion ordinaire des paysages certaines sont plus efficaces que d'autres. Étant donné qu'il s'agit d'un territoire habité par des populations diverses, la définition se devait d'être usuelle pour le plus grand nombre. Cette définition doit être incluse dans la culture ordinaire, acquise depuis l'école et répétée par son utilisation fréquente. De ce fait, toutes les définitions "pointues" ont été écartées. Seules ont été retenues les définitions du paysage données par les dictionnaires les plus usités.

Deux sens usuels

Il existe deux définitions usuelles du paysage, l'une à l'origine du terme «Tableau représentant la nature» et l'autre qui est d'utilisation plus générale «Vue d'ensemble d'une région».
Chaque dictionnaire présente quelques variantes mais ces définitions expriment les principales idées contenues dans le terme.
Dans tableau de paysage, la dominante esthétique du regard est manifeste et reste présente pour tous "un paysage c'est beau !".
Dans la deuxième définition les deux grands éléments qui constituent le paysage sont présents : un pays et un regard sur ce pays.
Cette définition reprend l'idée du regard esthétique contenue dans la précédente en lui ajoutant un intérêt pour le pays et pour le regard lui-même qui ne sont pas d'ordre purement esthétique.

Le pays

L'analyse du pays est depuis très longtemps réalisée par de nombreux spécialistes dont les géographes, les écologues, les agronomes, les économistes, les sociologues et bien d'autres.
Ils ont, pour la plupart, produit des analyses étant ou pouvant être localisées dans le territoire. Pour le P.N.R.V., celles-ci sont petit à petit intégrées au S.I.G.

Le regard sur le pays

L'analyse du regard sur le pays relève d'autres spécialités scientifiques comme l'optique, la physiologie, la psychologie, l'esthétique et bien d'autres qui n'ont malheureusement produit que peu de choses qui puissent être mises sous forme de cartes. La raison en est simple, ces données ne sont pas référencées au sol mais aux humains qui les véhiculent.
C'est dans ce groupe d'analyses que le P.N.R.V. s'est doté des couvertures les plus immédiatement utiles. Elles permettent d'accéder à ce pan important du paysage qu'est le regard sur le pays.

Ce regard existe hors analyse scientifique et conditionne pour partie la façon d'agir au quotidien dans la fabrication du pays. Il est issu d'inventions sur la façon de regarder produite par quelques individus dont la façon de voir se répand dans la société. (JOUTARD P. 1986)
Un nouveau regard sur le pays est peu diffusé socialement et est apprécié par un groupe restreint d'individus. Il s'exerce principalement par une production de jardins ou d'autres lieux restreints et peut générer une activité à forte valeur ajoutée par l'accompagnement de ses visiteurs.
Ces paysages sont consommés et quelquefois gérés par un réseau d'initiés qui ne manquent pas de se faire connaître aux gestionnaires du pays lorsque leurs paysages sont menacés.
Pour les gestionnaires du pays, ce cas relève de la prise en compte d'intérêts de groupes minoritaires à laquelle ils sont habituellement attentifs.

Lorsque le mode de regard est suffisamment partagé socialement, inclus dans la culture, il ne peut pas être omis dans la gestion ordinaire car il intervient de façon implicite dans toutes les actions. C'est à ce niveau que la gestion ordinaire des paysages est particulièrement importante si l'on souhaite préserver ou valoriser les paysages présents ou potentiels qui ne sont pas conformes au regard dominant.
Les regards ayant eu une forte diffusion sociale mais ayant cédé la place à un autre mode de regard dominant gardent néanmoins une valeur patrimoniale à prendre en compte dans la gestion des paysages.

Travailler en logiques multiples

Cet équilibre rétabli entre les analyses du pays et les analyses du regard sur le pays permettent d'envisager les aménagements dans l'ensemble des composantes du paysage.
Cette prise en compte des logiques multiples découlant du concept de paysage est une nécessité des projets d'aménagement mais aussi, et c'est le point important pour les gestionnaires, une condition particulière du contrôle de la validité des projets.

La création des projets n'est pas du ressort particulier d'un des domaines de connaissance des éléments du paysage, mais de la capacité de certaines personnes à pouvoir composer avec l'ensemble des données du paysage qui sont présentes.

Le contrôle des projets implique que chacune des diverses logiques analysées dans un lieu soit respectée mais aussi que l'ensemble soit évalué à un autre niveau que celui de la qualité individuelle de ses parties.

 

 

3 - GESTION DES PAYSAGES

 

3.1 - ACTEURS DE LA GESTION

Le P.N.R.V.

Les couvertures thématiques liées au paysage ont été mises au point pour le P.N.R.V. en fonction de ses rôles et de ses possibilités d'intervention dans la gestion du territoire. Le P.N.R.V. ne contrôle pas toutes les réalisations et ne produit que très peu d'actions physiques dans le territoire. En revanche, c'est un acteur privilégié en relation avec tous les autres acteurs.

Le P.N.R.V. est également la structure qui permet de drainer des énergies extérieures au Vercors mais qui ont un intérêt dans les paysages du Vercors. À ce niveau, il est moteur des projets. On peut citer comme exemple la lutte contre l'enfrichement qui mobilise toutes les énergies depuis l'agriculteur jusqu'aux institutions européennes.

Le P.N.R.V. fait appel à des spécialistes, conscients des nombreuses données et logiques indépendantes impliquées dans le paysage pour produire un projet cohérent à ce niveau global.

Et le paysagiste ?

Le paysagiste est un peintre de paysage et par extension quelqu'un qui organise des territoires pour qu'ils soient beau à regarder comme le sont les tableaux de paysage tout en étant compatible avec la vie au pays.

Dans cette deuxième acceptation, diverses professions comme les peintres, les jardiniers et les ingénieurs des ponts et chaussés, se sont illustrées par des représentants célèbres.

Les paysagistes actuels héritent pour partie de ces grands moments de développement des paysages.
Le plus souvent doués d'une grande capacité de synthèse et d'invention, ce sont des hommes et des femmes formés au projet depuis les phases d'analyse jusqu'aux phases de réalisation physique dans le territoire en passant par les phases du dessin.

 

 

3.2 - OBJECTIFS ET STRATÉGIE DE LA GESTION DES PAYSAGES

L'essentiel de la gestion des paysages pour le P.N.R.V. n'est pas de faire des projets de paysage mais de faire en sorte que tout aménagement du territoire du parc prenne systématiquement en compte les paysages.
Pour ce faire, le P.N.R.V. constitue un ensemble de cartes des divers éléments intervenant dans le paysage pour les utiliser de façon systématique dans chaque projet soit comme aide à son élaboration soit comme contrôle de sa qualité.

La plupart des paysages ne peuvent pas être géo-référencés puisqu'ils dépendent pour partie de la localisation des humains qui les apprécient. De plus, le nombre des paysages est directement lié au nombre des regards possibles sur un même pays. Il y a donc une impossibilité de produire un atlas des paysages. En conséquence, nous avons adopté une stratégie de cartes qui, sans connaître la nature exacte et détaillée de tous les paysages présents pour tous les points du territoire du Vercors, pour les divers individus le fréquentant, permette néanmoins de réagir rapidement aux problèmes posés par la transformation continuelle du pays. Si possible quand celle-ci est encore au stade de projet.
En complément des couvertures d'éléments de paysage et de sites reconnus, il fallait aussi connaître les éléments de contrôle des variations des paysages potentiels.
Ces couvertures permettant de produire des cartes d'aide à la gestion des paysages ont été conçues pour répondre rapidement aux problèmes les plus urgents tout en étant cohérentes par rapport à l'outil de gestion des informations utilisé (S.I.G.).

 

4 - LES COUVERTURES THÉMATIQUES DIRECTEMENT LIÉES AU PAYSAGE

 

4.1 - COUVERTURES DES PAYSAGES

Paysage patrimonial

Sites-inscrits-classesLes couvertures de paysages localisent dans le territoire des paysages. Bien que cela pose quelques problèmes de localiser des regards sur un pays, c'est tout de même possible à réaliser pour des paysages exceptionnels et rares. Elles produisent dans le cadre légal des cartes de sites classés et inscrits. (carte à droite) Le Vercors a la chance de posséder sur son territoire des paysages "sublimes" dans les gorges, d'une extrême rareté et pourtant facilement identifiables par la plupart des gens. Parmi les paysages facilement reconnus et encore assez rares dans le territoire on trouve également des paysages " pittoresques" près des villages.


Exemple: Paysage pittoresque de l'aiguille de Villard-de-Lans.
Entrée des gorges de la Bourne vers 1900. Le site est inscrit à l'inventaire le 03/10/1944

La cartographie réduit ces paysages à des sites "pittoresques". Cette baisse du niveau de reconnaissance entraîne une dégradation du regard sur le pays mais aussi, par l'évolution naturelle ou l'introduction d'objets caractéristiques d'autres paysages, une impossibilité totale ou partielle de reconnaître dans le site concerné le paysage qui a été initialement répertorié.
Ces couvertures sont parfaitement utiles dans une gestion des paysages historiques. La réfection des sites abîmés est possible mais doit aussi s'accompagner du ré-apprentissage du regard correspondant.

Paysage dominant actuellement

Le paysage dominant est lié à un regard commun aux populations habitant le pays. Il couvre donc la totalité du territoire. Outre le fait que chacun des acteurs regarde le pays par ce filtre implicite, son homogénéité sur l'ensemble du territoire conduit à une impossibilité de l'utiliser dans un S.I.G. dont le fonctionnement implique un fractionnement du territoire.

Paysages d'invention récente

La carte des paysages récents, peu partagés socialement, n'est pas une donnée prioritaire dans la gestion des paysages pour un P.N.R., celle-ci est assurée, au moins en ce qui concerne sa préservation, par le groupe minoritaire le revendiquant.

 

4.2 - COUVERTURES D'ÉLÉMENTS DU PAYSAGE

Nous avons vu que l'ensemble des thématiques de description du pays et de description du regard sur le pays étaient des descriptions d'éléments du paysage. Il n'est ni utile ni possible d'en faire une description dans cet article. Il suffit de se souvenir qu'elles existent et qu'elles sont utiles dans la gestion du paysage.

 

4.3 - COUVERTURES D'AIDE À LA GESTION DES PAYSAGES

Les unités d'ambiance paysagère

Les paysages caractéristiques ont été reconnus et décrits dans l'étude des paysages du Vercors (Fischesser, Dupuis, Gadrat 1989). Par grands types, ces paysages sont localisés dans le territoire. Les territoires occupés par ces paysages sont le plus souvent trop étendus pour une gestion facile et efficace.
Le territoire est découpé en unités pour lesquelles un aménagement influencera le paysage sans influencer directement les paysages des unités voisines (Voir figure 1 : Carte des unités d'ambiance paysagère du Vercors).


>>> figure 1: Carte des unités d'ambiance paysagère du Vercors

Les limites avec l'unité voisine sont fortes et précises lorsque la vue s'interrompt brutalement sur une crête dont la localisation reste stable même quand on se déplace dans l'unité. Elle peut être plus floue si le paysage comporte une transition douce avec son voisin sans limite visuelle marquée. Dans cette zone floue de la limite, on aura un recouvrement des deux ambiances paysagères voisines. En pratique, cette double appartenance forme une nouvelle unité dite de transition.
Pour les grandes unités, on peut prévoir un découpage en sous-unités sur les crêtes secondaires ou des changements de compositions, qui permettront de mieux saisir des variations locales de paysage.

Cette couche à pour but de :

Elle a été testée et s'est révélée efficace pour :

La visibilité

La visibilité rend compte de l'importance de l'effet visuel produit par un aménagement. L'effet visuel ne présuppose rien de l'effet paysager immédiat ou à venir, mais s'il y a effet paysager, celui-ci sera d'autant plus important que l'effet visuel sera grand. Le projet d'aménagement devra donc prendre en compte toutes les précautions utiles.

Cette couche est fabriquée à l'aide des caractéristiques optiques et physiologiques de la vue qui permet de composer la couverture à partir des principes suivants :

Pour des raisons purement informatique liées au logiciel utilisé par le P.N.R.V., cette couche est séparée en plusieurs couvertures isolants les éléments décrits par une surface de ceux décrits par une ligne ou par un point.

Elle répertorie les fronts visuels (pentes en face de soi à partir des axes les plus fréquentés) en indiquant s'ils se trouvent près, loin ou très loin de l'observateur.

Elle répertorie également les indices qui vont orienter le regard (axes privilégiés de vue, pics, cols ...) et rendre ainsi les objets encore plus visibles.


L'hétérogénéité du territoire qui diminue la visibilité, fait l'objet d'une carte séparée obtenue à partir de traitement d'image satellitaire.

La visibilité d'un aménagement permet de fixer le niveau minimal d'attention à porter aux paysages dans les projets.
Elle permet aussi de déterminer les urgences de traitement des problèmes en fonction de leur risque d'effet sur le paysage.
Elle détermine les échelles de pertinence des traitements des aménagements en fonction des distances de visibilité. Un objet vu de près devra avoir un traitement soigné des détails mais sa forme générale sera peu influente, on sera dans l'objet. Un objet vu de loin devra bénéficier d'un bon traitement des détails et un traitement parfait de sa forme et de sa position, tout est visible. Un objet vu de très loin pourra se passer du traitement des détails mais sera dans sa forme générale très influent quant à sa signification.

Cette couche a été testée et s'est révélée efficace dans la mise en garde contre une influence éventuellement grande sur le paysage d'aménagements en fronts visuels forestiers sur les communes à activité touristique du nord Vercors. Elle a permis l'arrêt d'un programme inconsidéré de pistes forestières sur les versants les plus sensibles tant en terme de paysage qu'en terme d'écologie et le lancement d'une étude spécifique des traitements particulier à réaliser dans les zones sensibles.

Elle est aussi utilisée dans le démarrage d'un programme d'insertion paysagère des réseaux électriques "raisonnés" en fonction des priorités paysagères comme le passage des crêtes, les axes visuels ou les coupes forestières induites sur les fronts visuels forestiers.

Les projets

Les projets relèvent de la responsabilité des auteurs de projets. Le seuil d'acceptabilité du projet est sa cohérence dans l'ensemble des thématiques composant le paysage.

Une carte de projet de préservation des paysages existants par gestion agricole a été créée comme réponse aux problèmes à l'origine des questions sur les paysages du Vercors (voir figure 3 : Projet de préservation des paysages existants par gestion agricole).

Figure 3 : Projet de préservation des paysages existants par gestion agricole.

Entrée dans le S.I.G. sous forme de couverture, c'est néanmoins un projet c'est à dire qu'elle est le résultat d'une invention à partir des autres thématiques incluses ou non dans le S.I.G.. Son objectif est de trouver une forme d'aménagement du territoire entretenu par l'agriculture, de façon réaliste et moderne, pour que les paysages existants qui font l'attrait touristique et la qualité de vie du pays soient préservés. A sa création cette carte prend en compte toutes les données disponibles sur le pays, et notamment celles liées à l'extension de la friche, pour permettre de proposer un pays vivant. Elle prend aussi en compte les données spécifiques du regard sur le pays, permettant de donner à l'aménagement une forme qui corresponde aux belles images qui font apprécier ce pays.
Cette carte de projet sert de forme de référence dans les actions d'aménagement en liaison directe avec l'agriculture.
Elle permet de déterminer l'effort à réaliser par unité de paysage pour augmenter l'efficacité des actions entreprises et éviter les actions qui n'auraient pas un réel effet. Associée à la délimitation de l'unité d'ambiance paysagère, elle donne le territoire à modifier et les travaux à entreprendre pour obtenir un effet sur la totalité du paysage.

La plupart des paysages agricoles du Vercors appartiennent au même groupe de référence "la belle campagne classique" inventée par quelques nobles du 18ème siècle et maintenant unanimement répandu dans toutes les couches sociales. Le projet, en prenant en compte l'ensemble du territoire du Vercors permet de préserver une diversité subtile de ses paysages sans le réduire systématiquement à ses stéréotypes.
En plus de la préservation des paysages existants et facilement reconnaissables, le projet s'est aussi fixé comme objectif de préserver la possibilité de regards superposés en un même lieu comme les regards sur la nature, sur la montagne ou sur l'efficacité du pays.
Cette carte montre également qu'un projet couvrant un territoire important peut néanmoins être soucieux des détails qui font la qualité de l'ensemble comme par exemple la forme des lisières ou le traitement des bords de rivières.

Ce projet de préservation des paysages par gestion agricole a été testé et s'est révélé efficace dans la mise en place des subventions agricoles à la parcelle de l'article 21 de la communauté économique européenne et dans la révision des règlements locaux des limites agriculture/forêt.

 

5 - GESTION DES PAYSAGES PAR COMBINAISON DES COUVERTURES

L'élément de paysage n'est pas le paysage

Prenons l'exemple d'un projet d'aménagement d'une piste de ski de fond pour nous guider dans la façon de penser paysage dans un aménagement.
Cet aménagement va induire des modifications du pays par des ouvertures en forêt, des talus de la piste mais aussi la présence des engins d'entretien, le nombre de personnes fréquentant le lieu et qui ont une activité avant et après le ski, une modification de l'activité économique et bien d'autres effets encore. Ces éléments sont issus des couvertures thématiques du pays.
Cette modification du territoire peut induire des effets sur le regard sur le pays s'il n'est plus possible de le regarder comme avant ou si la nouvelle vue ne permet pas un regard nouveau et intéressant. Ces éléments se retrouveront dans les couvertures thématiques du regard sur le pays.

Tous ces éléments sont à prendre en compte mais ne permettent pas de gérer les paysages. Ils ne permettent que de vérifier la cohérence des éléments du paysage. Cette confusion habituelle des niveaux est favorisée par l'utilisation d'un S.I.G. Elle a été évitée par une diffusion des concepts de base dans l'équipe des gestionnaires du P.N.R.V.
Cet effort nécessaire a pris un peu moins de deux ans dans un contexte de confusion totale sur le paysage. Actuellement, le niveau de connaissance générale sur le paysage augmente. L'effort de précision sur les notions de base peut être effectué beaucoup plus rapidement.

Raisonner par unité de paysage

La piste de ski va traverser plusieurs unités de paysage différentes de part leurs natures et qui incitent à des regards différents. Les limites d'unités d'ambiance paysagères permettent de déterminer ces paysages traversés. L'aménagement pourra alors se faire, unité par unité, d'une façon adaptée à chaque cas pour valoriser les paysages existants sans uniformiser l'ensemble et risquer de détruire quelques paysages fragiles. Construire une piste dans un paysage de plateau sec, de vallée humide en berceau ou de gorge ne se fait pas de la même manière si on pense paysage.
En revanche, pour une même unité de paysage, les façons de faire la piste puis de l'entretenir dans sa pratique quotidienne seront les mêmes.
Il ne faut pas oublier que le paysage c'est aussi un pays qui vit indépendamment du regard qu'on lui porte. Élément du contexte, l'objet doit néanmoins exister par lui-même. L'unité de paysage nous permet de réduire la prise de données du pays et du regard sur le pays au territoire qui aura une influence sur les paysages présents ou potentiels. Cette limitation du nombre de données par unité de paysage permet néanmoins de les traiter sous forme d'objets et sous forme d'élément.

Choisir les données importantes pour l'ensemble des acteurs en fonction du projet

Pour notre piste de ski les données les plus évidentes à pendre en compte sont les caractéristiques qui conditionnent la réussite de la piste comme la pente du terrain, l'enneigement, la proximité de pôles touristiques ou des éléments auxquels il faut prendre une attention particulière comme les risques naturels, les zones d'intérêt faunistique et floristique, les sites classés ou inscrits, la nature des éléments traversés comme la forêt, l'agriculture, les villages et ainsi toutes les autres caractéristiques qui seront utiles pour vérifier que le projet est compatible avec la vie au pays.
De même, on choisira dans les couvertures de regard sur le pays les éléments les plus utiles. La carte de visibilité permet de sélectionner les priorités et le degré de traitement de la piste. Plus la piste sera visible et plus elle devra être étudiée pour constituer un tableau agréable. La visibilité permet également d'intervenir dans le choix du parcours de la piste qu'on cherchera à rendre déterminante de l'organisation de la vue sur le pays à certains endroits et au contraire n'interférant pas dans les vues à d'autres.

Les unités d'ambiances paysagères permettent de se référer aux paysages caractéristiques décrits dans l'étude générale des paysages.
De façon moins intellectuelle et plus pratique en terme de gestion, il est nécessaire de procéder par unité à une visite commune des acteurs du projet pour qu'ils se rendent compte de façon sensible de la qualité de chaque unité que leur projet traverse et leur exposer sur place les données les plus importantes. Dans les cas de paysages historiquement marqués et très largement reconnus par l'ensemble des visiteurs, cette tâche est facilité par des mots synthétisant l'ambiance du paysage.

Chaque objet doit devenir élément du paysage

Dans un aménagement, l'objet produit est rarement oublié par les auteurs du projet, il n'en est pas de même de sa qualité d'élément du paysage.
Notre piste de ski de fond va traverser une grande vallée humide en berceau fortement marquée par l'agriculture qui sera reconnue par son paysage de référence le plus proche comme une belle campagne classique bucolique et champêtre. Pour correspondre à ce paysage, notre piste de ski aura alors l'allure d'un chemin rural ayant ses fonctions de desserte du village, des champs et d'accès aux unités voisines par des passages assez aisés, peu pentus, de la largeur d'une charrette. Elle sera réalisée au niveau du sol ou sur un remblai léger bordée des accompagnement usuels de l'unité que sont les pierres plates alignées ou les arbres émondés. Elle contournera les zones humides, il ne faudrait pas embourber notre char à boeufs, mais on notera que ce choix préserve aussi un autre paysage de nature intouchée qui s'est fixé, entre autres, dans les marais pour nos sociétés contemporaines fortement urbanisées.

En changeant d'unité d'ambiance paysagère, la piste traversera un site classé pittoresque. Elle deviendra alors plus contournée et plus pentue par endroits, fera un détour autour d'une aiguille rocheuse à l'origine du classement du site et sera accompagnée d'éléments construits comme une rambarde aux détails qui amusent l'oeil.
Plus loin, la piste entrera dans les gorges porteuses de paysages sublimes. Devenue étroite et presque aventureuse, bien que parfaitement sécurisée, elle empruntera des passerelles étroites, suspendues dans les falaises grandioses qui procureront le petit frisson nécessaire à cette beauté démesurée.
Individualisée par son aspect à chaque type de paysage, ce qui devient possible de façon systématique avec les nouvelles couvertures de regard sur le pays proposées ici, notre piste de ski devra néanmoins répondre aux exigences de la vie du pays vérifiables par les diverses couvertures thématiques du pays.

Cette traversée ne serait pas complète si notre piste de ski ne traversait pas des territoires sans paysages largement partagés comme le sont par exemple les friches. L'invention de la piste pourra alors ne prendre en compte que les caractéristiques du pays et qui seront peut être reconnues comme paysage par les générations futures. Elle pourra aussi réintroduire un paysage ancien dont des traces subsistent dans le lieu ou encore inventer une nouvelle façon de regarder le pays. Toutes deux devront s'accompagner de l'apprentissage par le visiteur de ce qu'il est intéressant de voir.

B. Gadrat
Pour des études de paysage à grande échelle voyez les services de Bruno Gadrat à www.designvegetal.com/produits/services.html


Notes bibliographiques

 


Adresse du Parc Naturel Régional du Vercors

Maison du Parc
Chemin des fusillés
38250 Lans-en-Vercors
France

Responsable scientifique : Guy CHÂTAIN


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