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Interférences du patrimoine végétal et bâti

Bruno Gadrat - mai 2000 - rev 18/05/2000
gadrat/articles/2000/20000518bg-patrim.html


Les grands arbres disparaissent de nos banlieues. Ils sont à tord ou à raison identifiés comme responsables des fissures des fondations des maisons.
Le développement durable et simultané sur un même lieu du patrimoine bâti et du patrimoine végétal semble aujourd'hui incompatible. La conscience écologique des années 60 et la plantation massive d'arbres qui lui est associée pose aujourd'hui un problème de préservation du capital bâti et du capital vert des aménagements résidentiels. Notre manque d'attention à la dynamique de l'aménagement nous fait dévier de la question des bénéfices réciproques à celle de la destruction réciproque des arbres et des maisons. Chacun des éléments (arbre, maison) participant au capital global de l'aménagement semble assez bien connu. En revanche les interactions entre ces connaissances sont très peu explorées, particulièrement lorsqu'il s'agit de coordonner les pratiques d'entretien de l'arbre et de la maison.

Beaucoup d'arbres de peu d'avenir
Les grands arbres ne peuvent plus espérer arriver à maturité dans la banlieue montréalaise alors que les propriétaires de maison plantent massivement des arbres pour augmenter la valeur et la qualité de vie de leurs logements.
Maison et arbre sont individuellement acceptés comme patrimoine mais une plus value intervient lorsque les deux sont associés dans un même ensemble.
L'apparition de fissures dans les fondations des maisons marque souvent un moment critique dans l'évolution parallèle du patrimoine bâti et planté. L'évolution différenciée dans le temps des arbres, des maisons et des pratiques d'entretien semble produire des moments d'extrême fragilité de l'ensemble patrimonial.

La maison ou l'arbre? une question pour être toujours perdant
Les pratiques actuelles tendent à préserver le bâtiment mais produisent une destruction de son contexte. C'est une situation en contradiction avec les objectifs de développement durable que se fixent nos sociétés. Plus précisément à cette échelle de l'aménagement, c'est une diminution de la qualité des logements qui s'opère tant par les effets écologiques produits par l'arbre que par les qualités culturelles qu'il véhicule.
Une meilleure compréhension des rapports entre les divers paramètres en jeu permettrait certainement de préserver un capital global (maison plus arbre) qui s'établit lentement dans le temps et dont la valeur peut rapidement être annulée par une action irréversible à l'échelle de la durée de vie du propriétaire (couper l'arbre).

Un préalable à la question patrimoniale
Quel végétal, quelle disposition dans l'espace et quel entretien sont responsables de la plus-value patrimoniale ? Cette question n'est valide que dans la mesure ou l'existence du végétal est effectivement possible.

Une connaissance de l'interaction maison, arbre et entretien presque inexistante
Les connaissances dans chacune des thématiques des trois éléments impliqués semble déjà plus ou moins solidement établies (exemples: résistance des matériaux de construction d'une fondation, croissance d'un système racinaire, influence d'une représentation sur la réalité représentée,...). En revanche, l'interférence de ces connaissances reste du domaine de l'irrationnel et de la prise de territoire de chaque individu influent sur la situation. En dehors des recherches spécialisées soit sur la maison soit sur l'arbre, la documentation spécifique à cette interaction semble se limiter essentiellement à 3 digests et une note de recherche produite par le conseil national de la recherche. Ces documents n'abordent pas les paramètres de l'interaction humaine comme faisant partie de la problématique. C'est pourtant dans cette intervention que se situe l'irréversibilité de la perte patrimoniale.

Un coût induit ou une perte de capital comme résultat
La rénovation résidentielle est implicitement liée à la meilleure connaissance des relations entre la maison, l'arbre et les pratiques d'entretien. Cette méconnaissance induit des interventions coûteuses sur la reprise des fondations ou sur la perte de patrimoine végétal.

Un effort de recherche
Il faut trouver les moyens de renverser la pratique actuelle d'élimination des arbres matures du paysage. Dans un premier temps, il y a lieu de rassembler les connaissances sur les maisons, les arbres et les pratiques d'entretien pour trouver les points d'irréversibilité des pratiques actuelles et les processus qui en sont responsables. Dans cette optique, il serait intéressant d'établir et de valider quelques paramètres essentiels permettant de contrôler les interférences entre la maison, l'arbre et l'entretien dans le but de permettre une gestion quotidienne soucieuse d'un développement dont le terme nous dépasse.

Un effort d'alerte
Il faudra ensuite établir des outils d'alerte tant pour les propriétaires que pour les municipalités afin de ne pas sacrifier l'avenir de l'ensemble des constituants du patrimoine à la préservation d'une seule de ses parties. Une identification d'indicateurs simples pour la prévention d'actions irréversibles devient alors un outil indispensable.

Observer les pratiques actuelles pour libérer le futur savoir faire de l'émotion
En multipliant les relevés des pratiques actuelles et les paramètres sur lesquels elles agissent, on pourra envisager le développement de nouvelles façons de faire sur des bases libérées des charges émotionnelles qui les envahissent actuellement. Les cas particuliers relevés servant à valider l'efficacité des savoir-faire différents. Dans ces relevés, une attention particulière pourrait être portée à l'identification d'actions peu coûteuses conduisant au minimum à la préservation des divers patrimoines et au mieux à leur valorisation mutuelle. Il y a lieu toutefois de valider l'efficacité des diverses pratiques observées en fonction des objectifs énoncés par leurs acteurs et des objectifs du développement durable.

Se garder d'une généralisation abusive
Le problème du rapport entre l'arbre, la maison et les pratiques d'entretien se pose de façon nettement différencié d'un quartier à un autre tant par l'âge moyen des constructions et des plantations que par l'écologie générale du site ou les différences culturelles à l'œuvre dans la façon de regarder et d'agir sur les éléments en cause. La différenciation des lieux représentatifs est déterminée par des considérations de nature du sol qui est le critère le plus souvent cité tant dans les études sur les problèmes de fondation que sur celles concernant les systèmes racinaires. Un premier relevé par observation et enquête sur les pratiques effectuées confronté à des avis d'experts de diverses origines permet d'établir les points de plus grande diversité des situations. Un éveil constant et un regard à cette diversité permettent de minimiser l'effet des filtres culturels des observateurs.

Des données qui se révèlent au fur et à mesure
L'observations des caractéristiques de l'aménagement au moment de l'enquête doit permettre d'aller chercher les données passées par les traces qu'il laisse. Croisées avec des évolutions observées ou prévisibles, ces données passées et présentes sont utiles pour apprécier l'évolution et la durabilité dans le temps du patrimoine observé.

Des phares plutôt qu'une règle
Il n'est donc pas question de documenter de façon exhaustive l'ensemble des situations mais plutôt de rendre compte de situations nettement différenciées qui serviront de points de repère dans l'évaluation d'un cas particulier. L'information devient alors le mode d'action à privilégier par exemple en présentant des résultats au niveau associatif, municipal et scientifique.
L'analyse devrait permettre d'identifier des indicateurs simples pour la prévention d'actions irréversibles ainsi que des actions peu coûteuses conduisant au minimum à la préservation des divers patrimoines et au mieux à leurs valorisation mutuelle.

 

B. Gadrat


Notes bibliographiques


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