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Conférence
Savoir représenter le végétal est une nécessité illogique mais pas déraisonnable

Bruno Gadrat - juillet 2000 - rev. 30/07/2000
Conférence CELA 2000
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English version 20000710en-rep-vgtl-illo.html


*[arbre structure] Faut-il apprendre à représenter les plantes ? D'une part, il est illogique de développer un savoir-faire qui n'est pas celui de notre travail d'architecte paysagiste *[Balby] et d'autre part la demande de nos clients en ce sens est explicite.
*[Pin salé] Les raisons de cette demande s'appuient sur la pauvreté des plantations, leur viabilité faible et le manque de respect à la vie très explicite dans de nombreux aménagements.
*[Edmonton] Un espoir de solution a été donné par la réactualisation de la représentation de la nature. L'amélioration génétique des plantes vient contredire cette tendance. *[Lotbinière] De plus, la diversité biologique provoque une destruction du dessin du jardin, de sa représentation du monde.
*[herbier] L'étude des représentations nous donne une meilleure compréhension de la complexité du contrôle de qualité des aménagements plantés et des indications sur la nécessité de savoir représenter des plantes.

Faut-il apprendre à représenter les plantes ?

*[Poissy] L'enseignement de la représentation du végétal doit-il changer ?
Le thème principal des conférences CELA 2000 est "les changements en architecture de paysage". Le jardin est la représentation du monde tel qu'il devrait être. *[carte GIS] Le monde change, notre imagination d'un monde meilleur change probablement aussi. Mais notre enseignement doit-il changer ? Certainement mais pas sans y porter une extrême attention en ce qui concerne les plantations.

*[Larix contre-jour] Représenter l'idée du jardin avec des plantes et représenter des plantes sont deux choses différentes.
Le végétal du jardin participe de la représentation de notre monde. Mais les plantes ne sont pas ce monde. *[Larix cylindre] Cette métonymie serait abusive. Pour dessiner une représentation avec des plantes, nous n'avons pas besoin de représenter les plantes elles-mêmes.

*[Alternanthera] Pour nos clients on doit savoir représenter les plantes même si ce n'est pas notre métier.
[Ce sont des Alternanthera. Nous avons fabriqué une mosaïculture dans le cadre de l'exposition Mosaïcultures International Montréal 2000 qui se tient tout l'été sur le vieux port de Montréal. La mosaïculture est intéressante car c'est le prototype du dessin avec des plantes.] *[2 coeurs] Les clients des architectes paysagistes demandent à ceux-ci de savoir représenter le végétal. C'est une des conditions essentielle pour leur confier la création des jardins. *[Uckange] De nombreuses professions représentent le végétal. Elles sont pourtant bien incapables de l'utiliser en tant que représentation. Cette demande curieuse semble être spécifique à notre profession. Demande-t-on à un peintre de savoir peindre de la peinture avant de lui confier la réalisation d'une toile ? *[ombre cèdre] Il n'existe pas de relation logique entre cette nécessité professionnelle de savoir représenter le végétal et la capacité à créer un jardin avec du végétal.

 

Les raisons de la demande.

Partons à la recherche des raisons du nécessaire apprentissage de la représentation des plantes.
*[publicité] L'exploration des méthodes d'apprentissages des représentations(1) graphiques, des paradigmes horticoles *[Melianthus major] et de l'insuffisance de communication de notre savoir-faire auprès d'un large public nous ouvrent des pistes de compréhension de la génération de cette demande. *[dessin pensées] Par voie de conséquences, elle nous donne des indications sur la nécessité de l'apprentissage de la représentation du végétal.
*[chardon] Faut-il savoir représenter le végétal ? la logique nous dit non. Pourtant, la faiblesse de représentation du végétal semble à l'origine des problèmes rencontrés dans les divers aménagements végétaux(2).

Des dessins similaires conduisent à des plantes génétiquement identiques.
*[Malus] La pauvreté des représentations du végétal dans les plans et les perspectives se transpose directement sur le choix restreint d'espèces en pépinière. *[Acer Betula] Cette absence de diversité a également conduit les pépiniéristes à produire massivement quelques plantes vedettes standardisées. Celles-ci marquent maintenant les designs des diverses décennies. La plupart des Acer saccharinum de nos parcs datent des années 1920 à 1940.

Les plantes ne peuvent pas survivre à un manque de représentation.
*[arbre piquet] Le manque d'attention à la plante en tant qu'individu et en particulier l'oubli de ses racines a conduit à des plantations très peu durable(3). Sur les plans et les perspectives, les plantes n'ont pas de racines. *[plateau racines] Participer à des plantations ne permet pas de se faire une bonne idée des racines de la plantes adulte. L'absence de bonne terre mis à disposition des racines, les barrières infranchissables créées par les trottoirs et autres contraintes ont induit une espérance de vie de l'ordre de 10 ans pour les arbres de centre-ville. *[arbre cassé] C'est moins de 10% de leur espérance de vie normale. En banlieue c'est la disponibilité en espace aérien qui manque. *[cernes] Le conflit d'espace se transpose pour le propriétaire dans un choix antinomique entre l'arbre ou la maison. Les arbres de plus de 40 ans y sont rares. [Dans les cernes de cet Acer saccharinum vous pouvez voir que les dix premières années sont agréables. Ouch! ligne électrique, coupe des grosses branches. Cinq années tranquilles puis des attaques de plus en plus fréquentes non seulement sur les branches mais aussi sur le tronc. Finalement, à 32 ans, il n'offre plus aucun intérêt et est coupé.]

La représentation économique produit des plantes jetables.
*[Malus Montréal] L'acceptation du paradigme économique par l'ensemble de la société, relayée par les horticulteurs et les architectes paysagistes, conduit à un appauvrissement des plantations qui deviennent misérables. *[Salvia] Le temps passé en pépinière, les soins de préparations et de plantations, l'entretien, le nombre de plantes, tout doit être réduit. *[Picea] Le coût immédiat est l'essentiel de la représentation. Les plantes n'ont pas d'importance. *[Ulmus nain] La représentation économique ne prend pas en compte la nécessité de vie et de croissance de la plante. Au contraire, le remplacement des plantations est une amélioration du flux financier.

 

Espoirs et limites des représentations actuelles.

La représentation de la nature est plus efficace que la représentation des plantes pour leur croissance.
*[Pelouse traitée] La prise de conscience écologique(4) des années 70 n'a pas su venir à bout des pollutions liées au pesticides alors que la relation de cause à effet était fort simple à montrer. *[Laurentides] Pourtant, le changement de regard porté à la nature qu'elle a entraîné commencent à se faire sentir. *[Mont Royal] Le souci de développement durable qui anime maintenant les responsables des grandes municipalités du Québec se traduit par des plans d'actions clairement énoncés. Elles porteront leurs fruits à moyen terme(5), quand les nouvelles plantations prendront le pas sur celles existantes. *[trou trottoir] Les possibilités de développement des racines et la diversité des espèces sont aujourd'hui montrées comme les principales issues pour la survie des plantations urbaines. *[boutures] Cette bonification du sort des plantes est due à une amélioration de la représentation de la nature mais pas de celles des plantes. *[alignement Montréal]

La représentation des plantes par des critères peu nombreux augmente les risques de désastre.
*[colza] La tendance des sélections horticoles et forestières se dirige vers une réduction de la diversité génétique des populations.
*[graphique] "L'amélioration" actuelle des plantes est la conséquence d'une représentation de celles-ci limitée à très peu de critères pouvant être comptabilisés. *[Veronica canescens] La plante est sélectionnée pour sa productivité vis à vis de cette description restreinte.
*[Picea vert et bleu] À peu de critères correspondent peu de plantes. La sélection de l'individu avec sa spécificité génétique est actuellement privilégiée par rapport à l'amélioration de la population. Les plantes les plus productives dominent le marché. *[Picea bleu] Avec une faible diversité génétique des populations, on augmente le risque de destruction massive en cas d'attaque par un parasite ou d'un changement climatique. *[Solanum tuberosum Averall blue] Les pratiques actuelles des réseaux de conservation semblent bien dérisoires face à l'éventualité de compenser rapidement les effets d'une dévastation massive.

La diversité biologique détruit le design.
*[jardin stade détails] Le seuil maximum de 5 à 10% d'une même espèce pour un territoire donné(6), qui permet une grande stabilité dans le temps, conduit à une déperdition de la forme des plantations par la multiplication des contrastes. *[Montmorency] L'affaiblissement du dessin et en conséquence de sa force de représentation, conduit à la disparition du jardin. *[Asparagus] Cette déperdition du dessin par la diversité n'est pas inéluctable. *[Pré fleuri] Ce n'est qu'une probabilité qui se vérifie dans les aménagement écologiques. *[Cozens6] Il n'y a en effet pas de relation de cause à effet entre la diversité des éléments de la représentation et la formation de l'image d'ensemble. La représentation statistique de la nature par les écologues conduit à cette situation. *[Bic] Nous avons besoin d'une représentation qui préserve à la fois la diversité et la forme de la nature.

 

*[chouette] L'étude des représentations permet de mieux répondre à la complexité de la question.

Le végétal, être vivant dans un milieu, fournit le seuil minimal d'existence possible du jardin.
*[tronc décortiqué] L'absence de maîtrise de la viabilité des plantations conduit à une impossibilité matérielle de produire la représentation par le végétal. *[tronc coupé] Les représentations permettant une compréhension de la vie du végétal sont donc essentielles. *[vent] Se faire une idée du système de nourriture des plantes, du système de croissance, de l'individu végétal et de sa réaction a son contexte est donc de première importance pour atteindre le niveau zéro du jardin. *[Malus taillé] Les représentations nécessaires sont à la fois descriptives des caractéristiques des plantes (ex: dimension, position, système de croissance des racines) et du réseau de relations entretenu avec le milieu environnant (ex: taille à la cisaille). [L'entretien de ce Malus était annuel, avec un sécateur, pour produire des pommes. On voit encore la forme en gobelet. Il est maintenant coupé à la scie lorsqu'il est trop gros et ne produit plus de pommes. Les rameaux fructifères ont disparu.] *[carrière] Les représentations de la vie du végétal rejoignent les descriptions biologiques, écologiques, agronomiques, horticoles ou forestières des plantes. *[sol] Le choix de l'une de ces descriptions au détriment des autres conduit à une faiblesse dans la capacité de conception des jardins. *[Acer rubrum] Ces représentations sont contradictoires et il n'y a pas lieu des vouloir les unifier. En effet, leurs objectifs fondamentaux sont différents. *[jardin mouillé] En fonction des parties du jardin, l'une ou l'autre pourra devenir plus opérante. *[Populus buisson] La croissance et le développement de la plante en fonction ses caractéristiques et de son environnement forment la base commune de toutes ces représentations. *[aquarelle troncs] Malheureusement, ces connaissances fondamentales ne forment pas une représentation. *[tapis ordinateur] Il y aurait certainement intérêt à la développer et à la diffuser pour que le problème de viabilité du végétal ne se pose plus.
*[massif annuelles] L'existence du végétal dans le jardin ne peut pas conduire par déduction à une production d'effets sensibles et signifiants par les plantations.

*[Ginkgo] Des représentations à propos de plantes pour produire la signification du jardin.
Les effets de signification sont liés à la lecture possible des attributs logiques associés aux plantes. *[arbre symbolique] La compréhension des systèmes de représentations symboliques est donc un atout indispensable à la conception des jardins. *[grotte pompier] [Au Québec les petites grottes en pierre abritant une vierge sont fréquentes devant les maisons de campagne] Là encore, cette connaissance fondamentale ne forme pas une représentation. En revanche, les très nombreuses représentations des plantes sont des bases essentielles de la lecture des significations possibles du jardin. *[canards] Ce point ne sera pas développé ici car il mérite une excursion trop longue dans l'apprentissage du dessin symbolique par les enfants et son utilisation par les adultes pour dessiner le jardin avec des plantes. *[Betula arbre] Il faut toutefois retenir que cette lecture symbolique des plantes est dominante au jardin. *[écorce Betula] [canoë, papier, nous y pensons à chaque fois, et le racontons à plaisir, mais serions bien incapables de l'utiliser vraiment pour cet usage] Les références écrites et orales sont alors des représentations essentielles. Ces représentations à propos des plantes se forgent dans les diverses cultures. *[Thuya arbre] [La taille des plantes en forme de symbole d'arbre feuillu est très fréquente dans la région de Montréal.] Nos habitudes urbaines ne nous permettent plus de faire vivre ces cultures avec force. Nous n'en avons plus un usage impératif pour survivre. *[Juniperus cascade] Toutes les histoires de toutes les cultures participent de notre culture du voyage et du dépaysement. *[rocaille] La représentation des paysages ne se pose plus comme à l'époque du jardin paysager dans lequel on pouvait dire la montagne par une rocaille. *[échelles] Il n'y a plus une mais des échelles de paysage à représenter. *[dessin informatique] Une nouvelle représentation est à trouver permettant à la fois une communauté planétaire et une identité locale liée au territoire. *[Betula alleghaniensis] [Le bouleau des alléghanys est aussi l'arbre emblème du Québec.] La connaissance des attributs territoriaux des plantes ou de leurs associations, ainsi que leurs facultés d'adaptation à d'autres contrées sont des clefs essentielles pour répondre à la demande de représentation du végétal de nos clients. *[Betula arbre] Il existe en effet dans cette demande une assimilation entre la représentation de la plante et les représentations associées aux plantes.

*[aquarelle érable] Des représentations sensibles des plantes pour s'assurer d'un effet sensible du jardin.
L'effet sensible du jardin est dû à un ajustement des sensations procurées par les plantes. *[texture feuillage] Les sensations sont les éléments de base de l'effet sensible. *[Tulipa Dicentra] Pour les maîtriser, il est nécessaire d'établir une connaissance mettant en liaison la plante et notre système perceptif. *[Campanula] [Le contraste principal de luminosité détecté par l'ensemble de la rétine de l'oeil permet de mettre rapidement en valeur les fleurs sur le fond de palissade et de feuillage. Les contrastes secondaires, luminosités proches et teintes diverses, perçus dans un deuxième temps, permettent de prolonger l'intérêt du regard dans les fleurs puis dans le fond de la scène. La fragmentation des contrastes de luminosité dans le feuillage permet d'atténuer la valeur relative du contraste principal.] Bien qu'on en trouve les fondements dans la physique et la physiologie humaine, il reste encore beaucoup de travail à faire pour prendre en compte la complexité des plantes. *[lapin] La simplification des plantes en formes symboliques détruit la réalité de l'expérience sensible et la reporte dans le domaine des significations. *[Geranium Lychnis] La fabrication des jardins est le seul moyen exact de produire leur expérience sensible. *[20 coeurs] Il n'est cependant pas toujours possible de les réaliser, notamment lorsque nous voulons inventer un monde nouveau. *[dessin ordinateur] Il est alors moins dispendieux de procéder par des essais sur d'autres types de représentation. *[bonbons] Ces dernières permettent d'accéder à des équivalences sensibles. *[Furon original] Les représentations "réalistes" s'approchent des sensations réelles du jardin. *[Furon proposition] Dans ce cas l'équivalence est remplacée par la similitude. *[poisson tropical] En fait dans la demande de représentation sensible des plantes, ce n'est pas la similitude ou l'équivalence avec le futur jardin qui est recherchée mais la simple vérification de la capacité de l'architecte paysagiste à utiliser la sensibilité elle-même. *[Cosmos givré] C'est certainement une généralisation abusive. Il n'est en effet pas certain qu'une grande sensibilité dans la représentation des plantes conduise à une grande sensibilité dans la représentation du jardin par les plantes. *[potager champêtre] Les matières utilisées et les objectifs sont fondamentalement différents. Les difficultés de mise en oeuvre sont également différentes. *[Salvia] La sensibilité aux plantes est plus aisée à percevoir que celle de l'espace entre les plantes. *[Seguin] Il n'est donc pas étonnant que nos clients essayent de juger de nos capacités sur les plantes plutôt que sur le jardin.

Et si nous faisions des jardins ?

*[feu] En théorie nous pourrions nous contenter de faire des jardins. La demande de représentation des plantes est en effet illogique.
Elle n'est cependant pas déraisonnable. Elle permet implicitement au client de juger de la capacité de l'architecte paysagiste à traiter de la viabilité, de la signification et surtout la sensibilité du jardin.
*[arbre mosaïculture] La maîtrise des représentations des plantes est donc essentielle pour pouvoir faire des jardins.
*[simulation ruelle] Un monde sans plantes n'est pas acceptable. La représentation des plantes dans le jardin est donc aussi une nécessité. Ce n'est toutefois pas la bonne réponse à la demande de nos clients. *[jardin des nouveautés] [Depuis 1997, chaque année, ce jardin change et évolue pour représenter les dernières tendances des matériaux, plantes et design de jardin. Cette initiative résulte d'un partenariat entre la Ville de Montréal, Permacon inc. et l'école d'architecture de paysage de l'Université de Montréal, avec le soutien de divers commanditaires. Cette recherche par la pratique est particulièrement intéressante. Nous avons à représenter simultanément la nouveauté des plantes et du jardin au moyen des mêmes plantes.]
*[Bagnolet] A contre courant de l'imaginaire réel de la réalité virtuelle d'internet et des jeux vidéo, le jardin est le lieu d'imagination d'une vraie réalité de notre milieu de vie. *[20 coeurs] En conséquence, le choix et la maîtrise des représentations des plantes doit donc, en premier lieu, nous permettre d'améliorer la réalité.


Notes Bibliographiques


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