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Parc et dégradation du paysage. - Au Québec 20/01/2002

Par Bruno Gadrat
Texte source du texte paru dans le Canada Français n° 36 du 5 février 2003

 

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Avez-vous vu le plan du futur parc Yvan-Roy au coin des rues Saint-Louis et Grégoire ? Vous pensez qu'un parc ne peut pas dégrader le paysage ? Un parc c'est fait pour embellir le paysage. Certes, mais ce n'est pas une raison. Un médicament c'est fait pour soigner, mais si on se trompe de médicament ou qu'on en prend une dose trop forte on n'améliore pas sa santé.

Est-ce vraiment un parc ? Le dictionnaire nous offre 11 sortes de parcs dont deux pourraient à priori convenir: le grand jardin public et le parc de loisirs.

- Grand jardin public. Le terrain est public mais loin d'être grand. Pour être un jardin, en plus de contenir des végétaux, il doit avoir une ambition symbolique ou esthétique. Est-ce que le plan affiché au coin du terrain vous promet de vous raconter une histoire ? est-ce qu'il donnera à voir de la beauté ? Non, ce ne sera pas un jardin.

- Parc de loisir: vaste terrain aménagé pour les loisirs comportant des équipements pour l'amusement et la détente en particulier des enfants. Il y a des balançoires et un espace libre pour jouer. Le gazebo et la rocaille c'est aussi pour s'amuser et se détendre. Les équipements et les arbres semblent dispersés au hasard sur un terrain. La présence d'équipements n'est pas suffisante pour créer un espace de loisir ou de détente. C'est vrai que ce sera amusant de piétiner la rocaille en sautant de pierres en pierres, mais ce n'est probablement pas le but. Il ne faudra pas quitter les enfants un instant du regard car en quelques instants ils seront dans le rue. Vous pensez vraiment pouvoir les garder longtemps sur la balançoire ou entre deux bancs ? Pourquoi aller dans le gazebo tassé sur le côté ? Il n'est ni au calme pour se reposer, ni une tribune d'observation des activités.

Pourquoi ce projet tel qu'il est dessiné n'améliore pas le paysage ?

Le paysage est une étendue de pays s'offrant à la vue. Tous les aménagements au pays participent de cette vue et plus particulièrement les jardins. En effet, sur une petite surface, il permettent de dire la façon de voir et de faire le pays, il permettent de dire le paysage. Le jardin paysager a été inventé pour parler des paysages remarquables comme la montagne avec ses rocailles, ses grottes pittoresques ou ses précipices sublimes. Dans nos jardins d'agrément, les plantes vivaces avec quelques pierres s'appellent encore des rocailles, mais ne nous disent plus rien de la beauté des montagnes aux éboulis rocheux se couvrant de fleurs à la fonte des neiges. Mettre une rocaille comme motif principal dans un parc public au Québec et un contresens de paysage. En effet, nos montagnes ne sont pas les rocheuses. Placer une forme qui nous rappellerait les Laurentides ou les Appalaches serait plus approprié pour parler de notre belle province. Mais je ne crois pas que ce soit approprié pour parler du paysage de Saint-Jean-sur-Richelieu. Les montagnes qui font la beauté de ce coin de pays ce sont les Montérégiennes en particulier le Mont Saint Grégoire visible de certains points de la ville. Ce ne sont pas les éboulis rocailleux qui peuvent les caractériser et faire penser à elles.

Le gazebo est-il caractéristique de notre paysage ? Gazebo: A small roofed outbuilding erected for outdoor dining and entertaining, often octagonal, with open, screened, or latticework (q.v.) sides. Gazebo est un mot anglais qui désigne un pavillon de jardin. Il est caractéristique des jardins privés. Imaginez-vous pouvoir passer une soirée de poésie ou un diner entre amis dans le parc Yvan-Roy ? Est-ce une invitation à un changement de paysage ? L'implantation d'un pavillon de jardin nous dit que l'espace public n'a pas d'intérêt, qu'on est mieux dans notre jardin privé, qu'on peut agir ici comme chez soi.

Peut-être que ce pavillon sera ouvert de tous les côtés. Ce serait alors un kiosque. Notre tradition de musique dans les jardins n'est pas très forte et l'absence d'espace dégagé pour assister au spectacle contredit cette hypothèse.

Le projet du parc Yvan-Roy ne me dit rien de la beauté de notre pays, de notre paysage. La répartition aléatoire des équipements et les références à d'autres paysages que le notre m'inquiètent. Ce n'est pas l'image de l'avenir que je nous souhaite, celle pour laquelle on aimerait venir vivre ici. Oublier le paysage industriel associé à l'usine Balmet et ne pas proposer d'avenir lisible et sensible dans le nouvel aménagement, est-ce vraiment un investissement ?

À partir d'une bonne intention: faire un parc, le projet proposé aura pour effet de réduire la qualité du paysage. En somme, l'effet inverse de celui souhaité. Je suis probablement l'une des rares personnes à le voir maintenant. Il me semblait donc important de donner quelques éléments pour expliquer, dans cet exemple concret, comment notre paysage se détériore. Loin de moi l'idée que le projet du parc Yvan-Roy soit le résultat d'une intention délibérée de détériorer le paysage. Tout au contraire, c'est l'absence de regards et d'intentions qui provoque cet effet indésirable. Il me semblait donc important de le dire pour améliorer petit à petit la qualité paysagère des parcs.

L'architecture de paysage est un art difficile. Disperser des équipements sécuritaires et des plantes en bonne santé au hasard sur un terrain ne permet pas de donner à voir la beauté du pays.

 

BG

 

 

Création de parcs et jardins respectueux des paysages
Bruno Gadrat Design Végétal: des projets viables, sensibles et signifiants
20030118parcstjean.html - rev 31/01/2003