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Infortunés érables: du développement pas durable !


Par Bruno Gadrat - Marieville le 19/04/2006
Texte source pour la lettre d'opinion publiée par le Journal de Chambly le 25 avril 2006. Il fait suite à l'article "Un triste destin réservé aux érables argentés du boulevard Fréchette" de Catherine Bachaalani, publié la semaine précédente.
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Deux tiers des gens pensent que c'est une mauvaise idée de couper les vieux arbres du boulevard Fréchette (sondage en ligne Journal de Chambly le 19 avril 2006 à 9h20). Ce n'est pas un problème de foresterie urbaine, ce n'est pas non plus un problème de sécurité publique ou de voirie. C'est un problème de paysage.

Dans les années 40, les érables argentés étaient les meilleurs arbres possibles à planter le long des rues ou dans les parcs. Ils ont toutes les qualités: ils poussent vite, ils poussent bien même dans les conditions les plus difficiles, il sont peu sujets aux maladies, ils ont des couleurs d'automne magnifique, une texture extraordinaire et ils ne coûtent pas cher.

60 ans plus tard et pour un tiers des gens, ils ont tous les défauts: ils sont vieux, ils sont malades, ils cassent les rues et les égouts, ils sont même hors la loi. Mais, pour deux tiers des gens, ils ont acquis une qualité essentielle: celle d'être des vénérables qui font la richesse du lieu, le paysage dans lequel ils aiment passer chaque jour.

La durée de vie normale d'un érable argenté est de 100 à 120 ans. À la moitié de sa vie, c'est un peu normal que la maladie puisse les atteindre et parfois les faire mourir ou les rendre potentiellement dangereux. Le paysage nous dit notre façon de voir le pays, d'y vivre et d'envisager l'avenir du monde. Le message des années 40 hurlait dans nos oreilles que nous sommes remplis d'énergie, que nous allons grandir avec force et vigueur même si les conditions sont difficiles, que nous sommes beau et capables.

D'après vous quel est le message lorsqu'on annonce qu'on va couper des arbres à la moitié de leur vie parce qu'ils sont malade et potentiellement dangereux ? Qu'est-ce que le paysage va nous dire quand nous verront sur le boulevard Frechette des arbres sans aucun rapport entre eux, ni de forme, ni de hauteur, ni de couleur, ni de texture, tout petits.

Au fait, savez-vous pourquoi ce n'est pas un problème de foresterie ? parce que l'objectif de la foresterie est de produire du bois. Manifestement, en plantant des érables argentés sur le boulevard Fréchette, l'objectif n'était pas de produire du bois. Pourquoi ce n'est pas non plus un problème de sécurité publique ? Essayez de consultez les statistiques sur la mortalité des piétons avec des arbres impliqués et vous aurez la réponse. Mais si vous voulez vous faire peur, vous pouvez vous dire que ce serait possible et même que ça pourrait être un enfant et qu'on vous cache la vérité. Ce n'est même pas un problème de voirie ou d'égout. Allez voir autres rues où il n'y a pas d'érables argentés et vous constaterez que la chaussée est également en mauvais état et que les égouts ont aussi des problèmes.

Les bonnes nouvelles sont si bien cachées qu'elles passent inaperçues. Le remplacement se fera sur plusieurs années. Ce serait raisonnable de penser le faire sur 60 ans et non pas 10. Les arbres qui pourront être sauvé le seront. Afficher la volonté de préserver les arbres est le début de la deuxième étape (sur 7 décrites dans la trousse d'outils pour un développement durable) de la gestion du paysage en milieu municipal. C'est encourageant non ? peut-être pas, mais tant que les arbres sont debout, il y a de l'espoir. Il n'est pas acceptable d'euthanasier les vieux, en prétendant qu'ils sont nuisibles. Ce n'est pas notre paysage.

Bruno Gadrat
Architecte paysagiste

La préservation des paysages vaut la peine
Bruno Gadrat Design Végétal: Services de conception, de planification et de suivi

20060419infortuneerable.html - rev 26/04/2006